Bloctel ferme aujourd'hui, ses numéros circulent déjà
Une fuite revendiquée de 3 millions de numéros a précédé de cinq jours l'arrêt du service. Le démarchage passe au consentement préalable, et il n'y a plus aucune liste où s'inscrire.

Bloctel cesse d’exister aujourd’hui. Le service qui permettait aux Français de refuser le démarchage téléphonique disparaît, remplacé par une règle inverse : à partir de ce 11 août, une entreprise ne peut plus appeler un particulier sans avoir recueilli son accord au préalable.
Cinq jours avant cette échéance, le 6 août, un individu se présentant sous le pseudonyme Cybernox a revendiqué la récupération d’environ trois millions d’enregistrements issus de ce même service, et en a proposé le téléchargement public.
Ce que contient la fuite revendiquée
L’échantillon diffusé se limite à des numéros de téléphone associés à des identifiants internes. Aucun nom, aucune adresse électronique, aucun mot de passe, aucune coordonnée bancaire n’y figure.
Une précision arithmétique s’impose, parce que le chiffre circule mal. Trois millions d’enregistrements ne signifient pas trois millions de personnes : un même abonné pouvait inscrire plusieurs lignes, et plusieurs numéros peuvent renvoyer à un identifiant unique. Au 12 juin 2026, Bloctel comptait 7 498 470 consommateurs inscrits pour 14 276 320 numéros enregistrés. La fuite revendiquée porterait donc sur une fraction de la base, dont l’ampleur réelle en personnes concernées reste inconnue.
Selon les éléments rapportés par le média spécialisé FrenchBreaches, l’accès aurait été obtenu par la compromission d’un compte professionnel dépourvu d’authentification à deux facteurs. Ce type de compte servait aux entreprises pour confronter leurs fichiers de prospection à la liste d’opposition, et affichait les numéros en clair lors des consultations.
Ni Bloctel, ni Consoprotec, la filiale de Worldline qui exploitait le service, ni la DGCCRF n’ont confirmé publiquement l’incident à ce jour.
Ce qui change aujourd’hui
La réforme est plus profonde qu’une simple fermeture de service.
Depuis 2016, le droit français reposait sur une logique d’opposition. Démarcher était autorisé par principe, sauf à l’égard des consommateurs inscrits sur Bloctel. Le silence valait consentement.
L’article 13 de la loi du 30 juin 2025 contre les fraudes aux aides publiques renverse ce principe. Le nouvel article L. 223-1 du code de la consommation, en vigueur ce jour, interdit de démarcher par téléphone un consommateur qui n’a pas exprimé préalablement son accord. Le silence vaut désormais refus.
Le décret du 23 juillet 2026, publié au Journal officiel du 25, abroge les articles qui organisaient la liste d’opposition et précise les modalités du recueil de consentement.
Ce consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable. Il vaut un an au maximum, peut être retiré à tout moment, y compris oralement, et l’entreprise doit être en mesure d’en apporter la preuve pendant trois ans. Une dérogation subsiste pour les appels adressés à un client dans le cadre d’un contrat en cours.
Les sanctions atteignent 375 000 euros par appel illicite pour une personne morale.
Pourquoi ça compte
Il faut d’abord dire ce que la fuite ne change pas. Les numéros circulaient probablement déjà : ceux qui démarchaient en violation de Bloctel n’ont pas attendu le 6 août pour disposer de fichiers.
Ce que la fuite révèle est ailleurs, et c’est plus embarrassant.
Un service public traitant plus de quatorze millions de numéros donnait accès à ces données via des comptes professionnels dont au moins un ne disposait pas d’authentification à deux facteurs. Sur un dispositif dont la finalité même était de protéger des personnes ayant demandé la tranquillité, l’écart entre la promesse et la mise en œuvre technique est considérable.
Il y a ensuite un point qui touche directement les lecteurs, et que la plupart des couvertures ne formulent pas clairement.
Il n’y a plus aucune liste où s’inscrire. Beaucoup vont chercher où se réinscrire aujourd’hui : la réponse est qu’il n’y a rien à faire. La protection ne dépend plus d’une démarche du consommateur mais d’une obligation pesant sur l’entreprise. C’est un progrès de principe, à condition que le contrôle suive.
Une nuance mérite d’être posée. La nouvelle règle s’impose aux professionnels établis en France. Les campagnes opérées depuis l’étranger, qui constituent une part importante des appels frauduleux, restent hors d’atteinte pratique d’une sanction administrative française. La fin de Bloctel ne met pas fin aux arnaques téléphoniques, elle change le régime applicable au démarchage commercial licite.
Ce que vous pouvez faire
Si vous étiez inscrit, considérez votre numéro comme potentiellement exposé.
Ne rappelez jamais un numéro inconnu qui a sonné une seule fois, et ne communiquez aucune donnée personnelle lors d’un appel entrant que vous n’avez pas sollicité. Un appel commercial reçu à partir d’aujourd’hui sans consentement préalable de votre part est illicite : il se signale sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF.
Ne téléchargez pas la base diffusée pour y vérifier votre numéro. Manipuler un fichier issu d’une compromission vous expose sans rien vous apprendre d’utile.
Les angles morts
L’incident n’est pas confirmé. Aucun des trois acteurs concernés ne s’est exprimé, et l’authenticité de la base revendiquée n’a pas été établie de façon indépendante. Nous rendons compte d’une revendication documentée, pas d’un fait vérifié.
L’ancienneté des données est inconnue. Une base extraite il y a deux ans et rediffusée aujourd’hui n’a pas la même portée qu’une extraction récente. Rien ne permet de trancher.
Le lien entre la fuite et la fermeture n’est pas établi. La proximité des deux dates est frappante, mais aucun élément public ne relie la compromission revendiquée à l’arrêt programmé du service, décidé plus d’un an auparavant.
Enfin, les moyens de contrôle du nouveau dispositif n’ont pas été détaillés. Le montant des sanctions est fixé par la loi ; le nombre d’agents affectés à leur application et la fréquence des contrôles ne sont pas publics. Bloctel avait précisément échoué sur ce point, et rien n’indique à ce stade que la nouvelle règle sera mieux contrôlée que l’ancienne.
Sources consultées
- Appels commerciaux : démarchage téléphonique interdit, quelles sont les nouvelles règles ?Service-Public.fr, 10 août 2026
- Plus de 3 millions de numéros de téléphone Bloctel revendiquésFrenchBreaches, août 2026
- Démarchage téléphonique : ce qui change le 11 août 2026Touitou Avocats, juillet 2026
- Bloctel : une fuite revendique 3 millions de numéros à quelques jours de la fin du serviceMeNow, 7 août 2026
- Démarchage téléphonique, fin de Bloctel : ce qui change le 11 aoûtBlog du Modérateur, juillet 2026
- Démarchage téléphonique : ce qui change pour vous le 11 août 2026Kohen Avocats, 28 juin 2026
Comment cet article a été produit. Rédigé à partir de 6 sources publiques et indépendantes, puis vérifié et relu par la rédaction avant publication. Notre méthode.


